Ce qu’est aujourd’hui De Weerdt Renovatie n’est pas né d’un plan entrepreneurial minutieusement élaboré, mais d’une passion pour la technique de construction et le patrimoine. Le gérant, Steven De Weerdt, n’a d’ailleurs pas commencé sa carrière directement sur chantier. Après ses humanités (mathématiques-sciences), il a étudié le marketing. Un premier emploi comme représentant dans le secteur des adoucisseurs d’eau l’a conduit chez Resto Bouwspecialiteiten, où il travaillait comme représentant technique pour la vente d’adjuvants chimiques et de matériaux de construction spécialisés.
Cette fonction s’est révélée déterminante. Dans les mêmes bâtiments était également installée l’entreprise John Saey Gevelrenovatie, et le contact quotidien avec la pratique a renforcé son intérêt pour le secteur de la construction.
« Je sentais que je voulais plus que vendre des produits. Je voulais comprendre comment ils étaient appliqués sur chantier et, à terme, les utiliser moi-même. »
Il a suivi des formations du soir et participé à de nombreuses formations techniques chez des fournisseurs. Lorsqu’il a ensuite rejoint FTB Restauration (aujourd’hui Remmers), il a eu l’opportunité d’exécuter des travaux de rénovation à titre complémentaire. L’envie de travailler en indépendant a grandi et, après la fin de cette collaboration professionnelle, il a créé sa propre entreprise : De Weerdt Renovatiebedrijf.
Au cours des premières années, l’activité se concentrait principalement sur les injections contre les remontées d’humidité et les rénovations de façades. Mais un élément était déjà clairement présent dès le départ : un amour prononcé pour le patrimoine.
« Le monde de la restauration est une niche dans laquelle on n’entre pas par hasard. Mais je savais que c’était là que je voulais aller. »
Un choix conscient pour le patrimoine
La spécialisation en rénovation s’est développée progressivement. Lorsqu’une opportunité de restaurer une ancienne façade se présentait, elle était saisie à deux mains. Avec une équipe de cinq collaborateurs, l’entreprise a réalisé de nombreux travaux de rénovation, notamment pour une société de logements sociaux. Parallèlement, son expertise dans les techniques traditionnelles s’est approfondie, comme le tirage de moulures décoratives ou la réalisation d’anciens types de joints tels que les joints « à la coupe ».
Le véritable approfondissement est intervenu en 2017, lorsque Steven De Weerdt a décidé de suivre à Bruges le postgraduat en Techniques de rénovation et Conservation des monuments. Deux ans plus tard, il obtenait son diplôme.
« Quand on restaure le patrimoine, on n’en sait jamais assez. Cette formation a élargi mon regard et m’a ouvert des portes. À partir de là, j’ai estimé pouvoir me qualifier légitimement d’entrepreneur en restauration. »
Une collaboration étroite avec le Service des Monuments de la Ville de Gand et l’Agence du Patrimoine immobilier a constitué un soutien important.
Un travail minutieux, dans le respect des matériaux
La rénovation et la restauration exigent une approche fondamentalement différente de celle de la construction neuve. Là où la construction neuve privilégie souvent la rapidité et la standardisation, le patrimoine requiert patience, précision et connaissance approfondie des matériaux.
Un fil conducteur dans les projets de De Weerdt Renovatie est l’utilisation de mortiers à la chaux.
« D’un point de vue technique comme esthétique, la chaux est souvent le seul choix pertinent dans les projets patrimoniaux. Mais la chaux est plus sensible que le ciment. Protection, humidification après application, conditions climatiques : tout demande une attention supplémentaire. »
Cette approche exige non seulement un savoir-faire technique, mais aussi une relation solide avec les fournisseurs.
« Une bonne collaboration avec son fournisseur est essentielle. Il faut savoir exactement comment un produit réagit dans des conditions spécifiques. »
L’innovation comme soutien, non comme remplacement
Si la restauration est souvent associée à l’artisanat traditionnel, cela ne signifie pas que la technologie n’y joue aucun rôle. Toutefois, De Weerdt considère l’innovation comme un soutien plutôt qu’un moteur.
« La base reste le respect des techniques anciennes. Si nous ne les maîtrisons pas correctement, la technologie n’a guère de sens. »
Il se montre particulièrement critique à l’égard de pratiques consistant à couler des moulures décoratives en série pour ensuite les coller sur une façade.
« Une moulure se tire sur place à l’aide d’un gabarit. C’est cela, le savoir-faire. Si on ne maîtrise pas cette technique, on ne peut pas se prétendre spécialiste. »
Pour lui, l’essentiel réside dans l’application correcte et la transmission des techniques traditionnelles.
Un savoir-faire sous pression
Trouver des artisans qualifiés devient de plus en plus difficile. De Weerdt constate que le niveau de connaissance dans le secteur est sous pression.
« La peur de former un futur concurrent ne doit jamais être plus grande que la peur de perdre le savoir-faire. »
Il plaide pour davantage de formations et un contrôle de qualité plus strict. Travailler sur le patrimoine exige les compétences adéquates. Les initiatives de l’Agence du Patrimoine immobilier, en collaboration avec Embuild et Constructiv, visant à renforcer l’ancrage des formations dans les écoles, lui donnent espoir.
« Si vous voulez de bons artisans, vous devez les former en interne. Il n’y a pas d’autre voie. »
La durabilité fait partie de l’ADN
En matière de durabilité, De Weerdt Renovatie ne se considère pas comme un suiveur de tendance, mais comme un précurseur.
« Nous travaillons depuis des années avec des mortiers à la chaux, sans en faire un argument marketing. Mais ceux qui veulent construire de manière circulaire peuvent beaucoup apprendre des techniques traditionnelles. »
Les mortiers à la chaux sont en effet beaucoup plus facilement réversibles que les mortiers cimentaires durs, ce qui les rend particulièrement adaptés à une approche circulaire de la construction. Les fournisseurs s’inscrivent de plus en plus dans cette dynamique. Cantillana dispose désormais d’une gamme complète de mortiers à la chaux pour la construction circulaire, et De Weerdt a été sollicité pour réaliser des démonstrations de techniques de jointoiement spécifiques.
« Cela montre que la construction circulaire est bien réelle. Et que les techniques traditionnelles redeviennent pertinentes. »
Pression administrative et risques de collaboration
Outre la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, il constate d’autres défis. La pression administrative et la réglementation ne cessent d’augmenter. La planification reste également complexe, surtout lorsque l’on travaille avec des mortiers à la chaux fortement dépendants des conditions climatiques et du traitement ultérieur.
La collaboration sur chantier n’est pas toujours évidente non plus. Une expérience moins positive en tant que sous-traitant — marquée par un manque de connaissances et des problèmes de paiement de la part de l’entrepreneur principal — l’a amené à ne plus emprunter cette voie.
« On voit vite qui possède les connaissances nécessaires et qui ne les a pas. Le patrimoine exige de l’expertise, pas de l’improvisation. »
Des projets à forte valeur historique
Ces dernières années, De Weerdt Renovatie a réalisé plusieurs projets remarquables à Gand. À Onderbergen, sous la supervision de l’Agence du Patrimoine immobilier, une pierre dont la base remonte au XIIIe siècle a été restaurée. Le projet a été nominé pour le Prix des Monuments de la Ville de Gand.
Un an plus tard, une nouvelle nomination et une deuxième place du jury professionnel ont récompensé la restauration d’une maison bourgeoise avec vitrine commerciale dans la Sint-Salvatorstraat à Gand. L’entreprise y a assuré la coordination complète du chantier. Sur la façade enduite, de nouvelles moulures décoratives ont été tirées, pesant 13 kilogrammes par mètre courant, et de nouvelles menuiseries en bois avec vitrage sous vide ont été installées.
« Ce sont des projets où tout se rejoint : technique, respect historique et organisation. J’en suis particulièrement fier. »
Le patrimoine comme responsabilité
Pour Steven De Weerdt, le patrimoine n’est pas un segment de marché, mais une responsabilité. Restaurer, c’est comprendre ce que les générations précédentes ont construit et le transmettre avec savoir et respect.
« Celui qui travaille sur le patrimoine doit être conscient qu’il est temporairement le gardien de quelque chose de plus ancien que lui. Cette conscience seule exige du savoir-faire, de l’humilité et une volonté constante d’apprendre. »
Avec cette conviction, De Weerdt Renovatie continue à bâtir sur le passé tout en préparant l’avenir du métier.


